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Micro-récit · Du catalogue de Margen

Diego a six minutes pour relire 240 pages

De : Diego Torras, correcteur humain À : Marina Sender, éditrice senior Objet : RE : Larson — dernier passage Heure : 17 h 58

Marina,

Il est dix-sept heures cinquante-huit. J'ai regardé la biographie de Kjetil Larson, le jazzman norvégien de Bergen, dans les six minutes que tu m'as données, pas dans un après-midi : 240 pages traduites et mises en page par la machine, sans faute, sans erreur évidente, sans un seul trait de l'homme. Aucune page n'est mauvaise ; aucune n'est de l'auteur.

Vous me payez au mot corrigé : j'en change trois, je facture douze centimes, et si j'en touche quatre Rodrigo à la compta se fâche. Les trois d'aujourd'hui, les voici.

Page 41. Là où il est écrit « Larson collectionnait les disques », mettre « Larson possédait 4 200 disques et les rangeait par label, pas par année ». La machine a mangé le chiffre ; il était dans le manuscrit, j'ai vérifié.

Page 118. Là où il est écrit « sa mère est morte tôt », mettre « sa mère, Ingrid, est morte à quarante et un ans ». Ajouter un prénom ne coûte rien et le livre cesse de sonner générique.

Page 210. Là où il est écrit « Larson vivait seul », mettre « Larson vivait dans l'appartement 6-B avec sa chienne Sonja ». C'est ce qu'il a dit lui-même dans la dernière interview.

Douze centimes, trois changements, un livre qui respire. Signe le bon à tirer et il part à l'impression demain.

Diego