Je garde depuis six ans un message vocal de mon père, le dernier qu'il m'ait laissé, pour entendre sa voix quand il me manque. Je le connais par cœur : dix-huit secondes, une bêtise à propos des clés du garage, un rire à la fin.
Hier soir, je l'ai réécouté, plus par habitude que par chagrin. Dix-huit secondes, les clés, le rire. Et puis, là où il y avait toujours eu du silence, trois secondes de plus dont je ne me souvenais pas.
Cette fois, à la fin, il disait mon nom. Tout bas, comme quelqu'un qui ne veut réveiller personne. Il ne l'avait jamais dit. J'ai regardé la durée de l'audio : vingt et une secondes. Hier, c'était dix-huit. Demain, je ne sais pas si j'oserai vérifier combien il y en a.