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Idée · Du catalogue de Margen

Nommer une chose, c'est commencer à la perdre

À l'instant où tu mets un nom sur une émotion, elle cesse d'être un océan et devient un mot. Tu gagnes en contrôle. Tu perds en nuance.

Dire "je suis triste" te range, t'apaise, te donne quelque chose à quoi te tenir. Mais ce mot est une petite boîte pour quelque chose qui n'avait pas de forme : c'était peut-être de la tristesse, oui, mais aussi de la fatigue, et de la nostalgie, et une piqûre qui ne ressemblait à rien.

Le langage est une carte, et les cartes mentent par nécessité : elles simplifient pour que tu puisses t'orienter. Le problème commence quand on confond la carte avec le territoire et qu'on croit ne ressentir que ce qu'on sait nommer.

Garde une place pour ce qui n'a pas encore de mot. C'est là que tu vis vraiment.