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Poème · Du catalogue de Margen

Les mains de ma mère

Ma mère coud des boutons à des vêtements que plus personne ne met, au cas où quelqu'un reviendrait.

Elle a les mains de qui a épluché un million de pommes de terre sans se plaindre une seule fois, des mains qui savent la température du pain rien qu'en les approchant du four.

Enfant, je croyais que ces mains étaient le monde, que d'elles sortait la pluie et aussi le remède contre la pluie.

Aujourd'hui je la regarde enfiler l'aiguille face à la lumière de la fenêtre, en plissant les yeux, et je comprends que vieillir, c'est perdre peu à peu le fil et continuer de coudre pareil.

Je m'assieds à côté d'elle. Je ne dis rien. Je lui tiens la pelote comme on tient, sans le savoir encore, le dernier morceau de sa propre enfance.