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Poème · Du catalogue de Margen

Le marché à sept heures

À sept heures le marché sent la mer fraîchement morte et le pain qui ne sait pas encore qu'il sera à quelqu'un.

Les poissonnières rangent l'argent comme on compte les pièces d'un royaume qui sombre chaque nuit et remonte à flot chaque matin.

Il y a des vieilles qui achètent peu et parlent beaucoup, ce qui est une autre façon de remplir le panier.

Moi, je viens regarder : la glace, les écailles, les mains rouges de froid qui font leur travail exact, la balance qui n'entend rien aux tristesses et pèse les fruits comme les heures.

À sept heures le monde est encore honnête. Puis les bureaux ouvrent et nous nous mettons tous à vendre des choses qu'on ne peut pas poser sur le comptoir.