Les choses que je n'ai pas dites sont venues habiter en moi et paient un loyer d'insomnie.
Elles sont rangées, presque aimables : elles ne font aucun bruit le jour, elles attendent que j'éteigne la lumière pour commencer à déplacer les meubles.
Il y en a une que je répète depuis des années, la plus courte, celle qui tenait tout entière dans une entrée d'immeuble la nuit où j'ai préféré le froid d'avoir raison au risque tiède de la bouche ouverte.
D'autres, je ne sais plus à qui je les devais. Elles sont devenues génériques, orphelines, des mots sans destinataire qui frappent à toutes les portes de la poitrine et qu'aucune ne reconnaît.
On dit que parler libère. Moi, je ne sais pas. Je sais seulement que je porte en moi une ville silencieuse où tout ce que je n'ai pas dit allume encore, chaque nuit, ses petites fenêtres de reproche.