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Poème · Du catalogue de Margen

Inventaire de fenêtres

Je compte les fenêtres allumées comme on compte les pièces d'un autre : sachant qu'aucune n'est à soi et qu'elles réchauffent quand même.

À celle du quatrième quelqu'un repasse une chemise pour un demain qui n'arrivera peut-être pas sous cette forme. À côté, un écran bleu veille sur quelqu'un déjà endormi qui rêve dans la lumière qui l'ignore.

Il y a une fenêtre noire au milieu de la façade, comme une dent qui manque à un sourire qui insiste. Je me demande qui est parti de là, quel déménagement, quel hiver.

Moi, je suis dans la rue, hors de tous les plans, à faire le décompte des lumières que d'autres laissent et que personne ne m'a données.

Demain elles s'éteindront une à une et la ville restera dans le noir, nue de sa comptabilité de chaleur. Mais maintenant, encore, chaque fenêtre est une promesse que quelqu'un, quelque part, ne peut pas dormir non plus et en fait une lampe.