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Curiosité · Du catalogue de Margen

À Longyearbyen, on ne peut plus mourir depuis 1950

En 2026, quand un habitant de Longyearbyen meurt, son corps est transporté par petit avion sur 3 000 kilomètres jusqu'à Tromsø, en Norvège continentale. C'est le seul cimetière autorisé. L'inhumation dans l'archipel du Svalbard, où il vivait, est interdite par la loi.

En 2015, l'église luthérienne a inspecté pour la dixième fois les tombes du petit cimetière de 1917 : les cercueils continuaient de remonter de quelques centimètres chaque année, poussés par la glace. La conclusion officielle a répété ce que tout le monde savait déjà. Ici, le sol n'engloutit pas les morts : il les recrache.

En 1998, une équipe de l'université de Toronto a été autorisée à ouvrir six fosses du cimetière d'origine. Ils cherchaient l'ADN du virus de la grippe espagnole de 1918, piégé —croyaient-ils— dans les corps de sept mineurs morts cette semaine-là. Ils ont trouvé du tissu pulmonaire intact quatre-vingts ans plus tard. La glace conserve tout.

En 1950, tout le village (700 personnes à l'époque) a signé l'ordre. La raison tient en une phrase technique : le pergélisol, cette couche de sol qui ne dégèle jamais, remonte vers le haut ce qu'on lui glisse dessous. Année après année. Un cercueil met deux siècles à affleurer, mais il affleure.

Longyearbyen a été fondée en 1906. Un homme d'affaires américain, John Munroe Longyear, y a monté une mine de charbon là où il n'y avait que 2 000 ours polaires et un soleil continu de mai à août. Un siècle plus tard, ses 1 200 habitants enterrent toujours leurs morts sur une autre côte. Et ils attendent, sans le vouloir, de savoir ce que gardaient ces sept mineurs de 1918.