← Toutes les lectures

Micro-récit · Du catalogue de Margen

L'inventaire

À la mort de mon père, la quincaillerie m'est revenue. Le comptable a dit qu'il fallait d'abord faire l'inventaire, et le carnet était à sa place de toujours : sous le comptoir, couvert de son écriture serrée.

Vis de six, quatre boîtes. Ampoules à gros culot, onze. Ruban adhésif toilé, six rouleaux. Tout collait, rayon par rayon, jusqu'à la dernière page, où l'écriture ralentissait :

«Après-midi d'août avec la porte ouverte, une». «Silence d'après le rideau baissé, trois». «Café au comptoir avec Andrés, il n'en reste guère».

J'ai longé les étagères sans savoir ce que je cherchais. Dans la réserve, il n'y avait que des cartons et cette poussière qui flotte dans la lumière de la verrière, celle qui semble immobile et ne l'est pas.

J'ai rouvert la boutique. Je vends des vis, des ampoules, du ruban toilé. Et chaque soir, avant d'éteindre, je note sur la dernière page ce qui est entré sans passer par la caisse.