Idée · Du catalogue de Margen
Tu crois comprendre (jusqu'à ce que tu l'expliques)

En 2002, deux psychologues de Yale, Leonid Rozenblit et Frank Keil, ont demandé à des gens de noter leur compréhension d'objets du quotidien : une fermeture éclair, une chasse d'eau, un vélo. Notes élevées, assurance totale. Puis est venue la partie difficile : expliquer pas à pas, comme à un enfant. Les explications s'effondraient, et les notes que les gens s'attribuaient chutaient avec elles. Ils ont appelé ça «l'illusion de profondeur explicative» : nous confondons la familiarité avec la compréhension.
La familiarité se déguise en savoir. Tu as vu mille fermetures éclair, donc tu «sais» comment elles marchent. Jusqu'à ce que tu essaies de le raconter et que tu découvres que tu n'avais que l'étiquette, pas le mécanisme.
Il en sort un outil très bon marché : avant de considérer un sujet comme acquis — pour un examen, une décision, un débat —, explique-le à voix haute sans rien consulter. Là où tu bloques, c'est exactement ce qui te manque. Ce n'est pas un test de honte : c'est une carte des trous.
Ça marche même avec les opinions : dans une autre étude, demander aux gens d'expliquer en détail comment fonctionnerait la mesure qu'ils défendaient avec passion les a rendus, au passage, un peu plus modérés.