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Poème · Du catalogue de Margen

Carte pliée

Aucune carte ne se replie comme elle est sortie de l'usine.

Ouvre-la une fois —une station-service, un détour, août— et c'est déjà un autre animal : il lui pousse des crêtes, des vallées, des chaînes de montagnes que la cartographie n'avait pas prévues.

Mon père savait les dompter en trois gestes, sur le volant. Moi, je les rends à la boîte à gants comme on y enferme un oiseau.

Désormais une voix tranquille recalcule mon itinéraire. Je ne me suis jamais perdu aussi correctement.

Mais au fond de la boîte à gants, le pays reste mal plié, et chaque pli garde un mois d'août.