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Poème · Du catalogue de Margen

La langue des balcons

Un balcon avec des géraniums dit : ici quelqu'un résiste. Un avec un vélo : ici on ne se rend pas. Un balcon vide, au volet à moitié baissé, pose une question.

Les balcons sont les sous-titres des immeubles : ils traduisent vers la rue ce qui se passe dedans.

Des serviettes d'enfants : du bon bruit. Un parasol en janvier : nostalgie ou espoir, selon la lumière. Des pots de fleurs morts : appelez de temps en temps, demandez comment ça va.

Petite, je croyais que les maisons se regardaient entre elles par les balcons, que la nuit elles se racontaient ce qu'elles avaient vu.

Maintenant je sais que c'est vrai, sauf que les maisons le racontent si lentement qu'il faut vivre des années dans une rue pour entendre la conversation.