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Curiosité · Du catalogue de Margen

Le premier roman de l'histoire a été écrit par une femme

Vers l'an 1008, à la cour impériale de Kyoto, une dame de compagnie de l'impératrice Shōshi fit circuler, chapitre après chapitre, une histoire qui remplit aujourd'hui plus de mille pages : « Le Dit du Genji », la vie amoureuse et politique d'un prince au charme impossible.

Nous la connaissons sous le nom de Murasaki Shikibu, mais c'était un surnom de cour : son vrai nom ne nous est pas parvenu. Son livre, en revanche, nous est arrivé entier. Cinquante-quatre chapitres, des centaines de personnages, la jalousie, l'ambition, le remords : des êtres qui changent avec les années, ce que personne n'avait fait avant elle avec cette patience. C'est pourquoi beaucoup y voient le premier roman de l'histoire, dix siècles avant que le genre ne devienne à la mode en Europe.

Reste un détail encore meilleur. Dans le Japon de son temps, la littérature « sérieuse » s'écrivait en chinois, territoire réservé aux hommes. Aux femmes revenait le kana, l'écriture phonétique du quotidien. Murasaki écrivit son chef-d'œuvre dans l'alphabet mineur, celui qu'on lui laissait. Ainsi, le grand livre japonais par excellence naquit dans la langue que le pouvoir ne prenait pas la peine de surveiller.