Le côté gauche du lit reste un pays étranger dont je n'ai pas le visa.
Je dors sur ma frontière, collé au bord, comme s'il fallait encore laisser de la place pour une douane qui a déjà fermé ses portes.
J'ai essayé d'annexer le territoire : je tends un bras, j'occupe, je pose un livre là où il y avait quelqu'un. Mais le livre ne respire pas, ne donne pas de chaleur, ne se plaint pas quand je lui vole le drap.
La géographie du corps a mauvaise mémoire : elle continue de tracer la carte d'un continent qui a sombré sans prévenir, dessinant la nuit les côtes d'une île qui n'apparaît plus sur aucune carte marine du présent.
Je me réveille au milieu du lit comme un explorateur qui atteint, enfin, le centre d'un pays inhabité et découvre que la conquête n'était pas de l'autre côté : c'était apprendre à habiter entier ce que pendant des années j'ai partagé à moitié.