La pierre ne choisit pas d'être ronde : c'est la rivière qui le lui apprend à force d'années sans l'écouter.
Au début elle avait des arêtes, une façon bien à elle de couper l'eau, une opinion ferme sur la manière dont le courant devait passer.
La rivière n'a pas discuté. Elle a seulement continué à passer, têtue, docile, interminable, avec cette obstination de ce qui n'est pas pressé parce que ça a le temps.
Un siècle plus tard la pierre est douce. Elle tient dans une main. Elle a perdu tous ses angles et avec eux la manière exacte de se blesser contre le monde.
On dit que c'est ça, la sagesse. Moi je ne sais pas si c'est ça ou seulement de la fatigue avec une bonne presse.
Mais je la ramasse dans le lit de la rivière, je la garde tiède dans ma poche, et je pense à tout ce que j'ai dû perdre pour commencer, enfin, à tenir quelque part.