
Sur mon porte-clés, il y a une petite clé qui n'ouvre rien. Elle y était déjà quand j'ai loué l'appartement, et je soupçonne qu'elle a vécu sur d'autres porte-clés avant : son laiton est usé par des doigts qui ne sont pas les miens.
J'ai essayé des serrures, des cadenas, des boîtes aux lettres. Le placard du compteur. Le casier de la piscine. Le tiroir du débarras qui n'a jamais été le mien. Rien.
Un jour, en rangeant, je l'ai glissée hors de l'anneau et je l'ai laissée dans la boîte en fer de la cuisine, avec les boutons dépareillés et les piles usées.
Cette nuit-là, la maison a craqué autrement. Pas beaucoup : comme craque une conversation quand entre quelqu'un qui en connaît la fin. Le robinet a goutté sur un rythme qui semblait appris par cœur. Et le couloir, je le jure, s'est allongé : je l'ai mesuré avec mes pieds et j'ai compté treize pas là où il y en avait toujours eu douze.
Au matin, je l'ai remise sur l'anneau, entre celle de l'entrée et celle de la boîte aux lettres. Le couloir a retrouvé ses douze pas. Le robinet s'est tu.
Je ne sais pas ce que ferme cette clé. Je sais seulement que, tant que je la porte sur moi, cela reste fermé.