Nous collectionnons des articles, des livres et des liens avec la conviction secrète que les garder, c'est déjà à moitié les savoir. Ce n'est pas le cas. C'est l'inverse.
Mettre quelque chose de côté procure un petit soulagement, presque identique à celui de l'avoir fait. Le cerveau classe l'intention et fait baisser l'urgence. C'est pour cela qu'un onglet ouvert depuis un mois se referme sans culpabilité : il a déjà rempli sa fonction émotionnelle, même si on ne l'a jamais lu.
La connaissance ne s'accumule pas par proximité. On n'en sait pas davantage parce qu'un livre non ouvert traîne à côté de soi, pas plus qu'on n'est plus fort parce qu'un haltère traîne dans le couloir.
Lis moins de choses, mais lis-les. Un texte vraiment traversé pèse plus lourd que cent gardés pour jamais.