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Poème · Du catalogue de Margen

Cartographie

Ce corps a sa cartographie : ici le genou du vélo à neuf ans, ici le vaccin qu'on ne fait plus.

Ici, un peu sous le coude, la nuit où j'ai sauté une grille pour un pari que j'ai gagné et un garçon que j'ai perdu.

Chaque marque est un lieu : un mois d'août, un bloc opératoire, une inattention. La peau dresse procès-verbal de tout d'une écriture petite et blanche qui ne se lit que de près.

C'est pourquoi se déshabiller, c'est toujours montrer la carte : regarde, ici je suis tombée, ici on m'a ouverte, ici j'ai mal guéri mais j'ai guéri.

Et que quelqu'un parcoure tes cicatrices sans demander le prix de chacune, en disant seulement ici, et ici, et ici, comme on prépare un voyage : ça. Ça, c'est la tendresse.