
À trois heures du matin la cuisine est un pays neutre.
J'ouvre le frigo et je reste dans son rectangle de lumière, pieds nus, comme qui se présente à la frontière sans papiers.
Dedans bourdonnent les choses de demain : un demi-citron sous son pansement de film, les restes dans leur boîte, le lait daté de la semaine prochaine.
Tout si bien rangé, si sûr qu'il y aura un petit-déjeuner, que la faim reviendra, que la maison continue.
Je ne voulais rien. Je referme doucement, et la cuisine s'éteint comme un théâtre. Je retourne au lit dans le noir, le chemin appris par cœur, avec la foi du citron : quelqu'un me garde, demain on aura besoin de moi.