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Poème · Du catalogue de Margen

Le creux du canapé

Le canapé garde ta forme comme la garde un gant : sans effort, sans intention de la rendre.

Le coussin de gauche, affaissé de biais ; l'accoudoir, poli là où tu posais le livre et la tasse, les deux à la fois, contre toute prudence.

Je m'assieds de mon côté, qui est toujours le mien, et je laisse le tien libre. Pas par chagrin : par habitude, qui est la façon qu'a le corps de continuer à mettre la table quand il n'y a plus d'invité.

Un jour, j'achèterai un canapé neuf. Il arrivera ferme, symétrique, sans mémoire. Il faudra des années assises pour lui apprendre qui tu étais.