Nous avons l'habitude d'endetter sans pitié celui que nous serons demain. On lui laisse la vaisselle sale, la conversation en suspens, la décision difficile, le « je le ferai quand j'en aurai envie ». On le traite comme un étranger à qui l'on ne doit rien.
Et c'est curieux, parce que ce toi de demain existe bel et bien : il va se réveiller dans ton lit, avec ta fatigue, et hériter exactement de ce que tu lui as laissé aujourd'hui. Remettre à plus tard ne fait pas disparaître le travail ; ça l'offre à quelqu'un qui compte beaucoup pour toi — toi — en faisant comme si c'était le problème d'un autre.
Retourne-le : traite ton toi de demain comme un invité qui vient dormir. Laisse-lui la cuisine à moitié rangée, une chose de moins sur le dos, un petit répit tout prêt. Pas par devoir, mais par affection. C'est la seule personne que tu verras à coup sûr le reste de ta vie.