← Toutes les lectures

Poème · Du catalogue de Margen

Métier

Mon grand-père pliait le métal jusqu'à ce que le métal dise oui. Moi je plie des mots et aucun ne cède.

Lui avait le feu de son côté, l'enclume, la certitude que ce qui est dur obéit aussi si on le frappe au bon endroit.

Moi je travaille une matière plus têtue : l'intangible, ce qui brûle sans réchauffer et qui refroidit dès qu'on le nomme.

J'ai hérité de ses mains mais pas de sa patience avec le solide. Je cherche la forme dans ce qui n'en a pas, je fonds l'air, je martèle la fumée et certaines nuits, très rares, il en sort une étincelle qui éclaire à peine la taille exacte de mon échec.

Lui faisait des grilles, des cloches, des charrues. Moi je fais ceci : un bruit qui ressemble à la vérité et qui parfois la laisse passer.